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A Gilgit, un bonhomme de l'agence Lost Horizon m'attend (depuis 7 heures je suppose), et me conduit a la guest house de l'agence. En discutant avec le patron, je comprend que le trek va me couter plus cher qu'un sommet technique au Perou avec mon pote Carlos Yarush, mais bon comme je leur dois mon visa grace a leur lettre d'invitation, j'accepte de partir pour un trek de 4 jours dans le pays Nagyr, pres de Hunza. Le Karakoram n'est pas seulement la plus belle chaine de montagne du monde, c'est aussi une region d'une grande diversite ethnique et religieuse: Chiites, Sunnites, Ismaelis, chaque village est peuple d'une de ces commumautes et dans les villes comme Gilgit, elles cohabitent (mal evidemment, c'est le sous continent) d'ou la forte presence de l'armee paki. Je ne risque evidemment rien dans ce conflit, comme disent les sunnites, on s'occupera des chretiens quand on aura tue le dernier chiite. Les slogans geants en pierres blanches sur les grands versants sablonneux sont une autre specialite locale: "Welcome in Hunza to our beloved Agha Khan" (Ismaeli), "Live like Ali, die like Hussein" (Chiite)...J'espere en tous cas que la cohabitation se passera bien entre les deux guides Ghafoor et Wahid, resp. ismaeli et sunnite. Pour eviter les transitions foireuses, je vais rediger ce post comme un topo:
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Jour 1
Pas trop fatiguant vu le faible denivele, par contre (je le sentirai bien au retour) on marche une bonne quinzaine de km. Ce premier jour est l'occasion de faire connaissance avec les glaciers pakis, on en traverse deux, tout petits pour le Karakoram (a peine deux fois la largeur de la mer de glace). Dans leur partie inferieure, ils sont recouverts d'une epaisse couche de sable et de pierres, au point que l'on ne se croirait plus sur un glacier: des arbres arrivent meme a y pousser. Le cadre du premier bivouac est absolument charmant: un petit jardin anglais entre la morraine et un versant de montagne, dont la pelouse est traversee par un minuscule ruisseau d'eau de source. Le contraste avec la demesure du reste du paysage est saisissant. Depuis mon experience peruvienne, je sais comment briser la glace avec les porteurs et guides locaux: il faut parler de marriages, et le cas echeant de cul. Une fois de plus ca marche et j'en apprends beaucoup d'abord sur les procedures de l'union (au Nagyristan c'est la famille du marie qui fournit la dot), puis sur la polygamie (reservee aux riches, un notable de Skardu s'est marie 102 fois) et enfin sur les proprietes sexuelles des aliments locaux (...). Puis pour passer le temps, Wahid propose un petit concours de lancer de pierre au cours duquel il me met la race. Par politesse, Ghafoor vise toujours un metre derriere moi.
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Jour 2
Une bavante Karakoramesque: 1600 metres de denivele positif de 3100 a 4700 metres ! Mais sans faire de pause et en marchant doucement on se les avale en 5 heures. A mi parcours on croise un berger qui insiste pour me faire essayer son fusil en visant une bouteille de sprite: pas de chance son petard marche pas et je comprends pas pourquoi il frotte la cartouche dans la terre pour le faire marcher. Je prefere partir avant que ca me pete a la gueule. Je constate aussi a quel point la meteo change rapidement: Partis sous un beau soleil, nous arrivons au Rush Lake, lieu du deuxieme camp sous la neige. Le ciel s'est couvert en moins de deux heures. On est accueilli par Ali, le porteur d'un autre groupe extremement sympathique et porte sur les blagues de cul. Il connait pas mal de guides francais et m'apprend que son oncle bosse a Paris a l'ambassade. Quelle coincidence, non seulement je commence a connaitre un paquet de gens dans cette ambassade mais surtout je l'ai eu au telephone son oncle ! En effet pour obtenir le visa j'ai du appeler l'ambassade et expliquer mes motivations (le tourisme) Le gars m'a alors demande si j'etais en contact avec une agence, ce qui n'etait pas le cas a l'epoque. -oui, je reponds. -Dans quelle ville ? -Euh, Karimabad (la premiere ville du KK qui me vient a l'esprit) - Ah tres bien, je viens de Karimabad, quelle agence ? - ...... Euh excusez moi je passe sous un tunnel, je vous rappelle... Enfin heureusemnt le tonton d'Ali m'a quand meme lache le visa. Apres le the dans la tente d'Ali, je commence a sentir une legere douleur autour des yeux et je met ca sur le compte de l'ardent soleil qui a fait son retour: Meme les porteurs ont le nez brule, c'est d'ailleurs marrant de voir des pakos avec le nez rouge, ils en ont rarement l'occasion dans leur dry country... Mais je dois bientot me rendre a l'evidence: J'ai confondu acclimatation au sous continent et acclimatation a l'altitude: passer de Lahore au rush Lake en 4 jours c'est peut etre un peu rapide; sanction: toute la soiree et la nuit suivante, j'ai un marteau piqueur dans le crane, et je comate dans la tente, terrorise par les yaks qui broutent a quelques metres et frottent parfois leurs cornes contre les haubans...
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Jour 3
Pour bien recuperer je dors jusqu'a 10 heures, puis on attaque sans sac le sommet du Rush Peak (5100 m). Je ne suis pas tres frais mais pas de symptome de MAM donc tout va bien. On sommet on ne voit malheureusement pas le K2, dans les nuages, en revanche la vue plongeante sur le glacier du Hispar, long de 50 km, est impressionnante. De retour au camp, je deguste la fameuse soupe a l'abricot de Hunza et je fait la connaissance du client d'Ali, un penjabi qui tient absolument a ce que je sache qu'il vient d'une "progressive family" ce dont je me bat royalement les couilles a cette altitude. Enfin au moins il me file l'adresse de bons restaus a Lahore pour le trajet du retour. La descente jusqu'au glacier est epuisante pour mes cuisses, surtout apres trois mois de vie de maharadja en Inde ou je prenais le cyclo-rickshaw des que j'avais plus de 200 metres a marcher.
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Jour 4
Longue et monotone marche sur nos pas du premier jour, en plus il fait moche. Heureusement, elle sera egayee par un spectacle bouleversant, une espece de corrida a l'issu incertaine transposee dans le Karakoram. De veritables jeux du cirque. Voici les faits: en longeant le glacier, on croise un mouton, et un des porteurs, profitant de l'absence du berger, se met a courser l'innocente bete. Au debut je pense que ce petit jeu va durer 5 minutes, mais non l'homme et l'animal ont deja parcouru 200 metres. C'est alors que le porteur se baisse et ramasse une pierre: la scene prend un tour tragique, je comprend l'enjeu fatidique pour le mouton: sauver sa peau. Une des pierres a du l'atteindre car il boite legerement, pourtant il parvient a maintenir constant l'ecart avec le predateur. Cela fait maintenant 5 bonnes minutes que l'interminable poursuite continue et le suspense est insoutenable. D'autant qu'en continuant tout droit le mouton fonce vers le glacier ou je ne donne pas cher de ses chances. Guide par la fantastique volonte de poursuivre sa vie libre dans les montagnes, le mouton bifurque alors et s'eleve dans le pierrier, (pas si con que ca un mouton finalement, seul du moins). Malgre son sac de plus de 10 kilos, le sanguinaire porteur n'abandonne pas et n'a jamais ete aussi proche de sa proie, mais la pierre assassine qu'il decoche manque sa cible. Qui de l'homme ou de l'animal, de la faim ou de l'instinct de survie l'emportera ? Reponse au prochain episode.
Bon allez, je vous epargne l'insoutenable attente: epuise par sa course de plus de 15 minutes, le porteur lache l'affaire. Longue vie a l'heroique mouton du Karakoram !
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Voila le trek s'acheve, pour faire de la place pour mes achats en vue du retour en France, je troque mes vieilles chaussures de rando contre des bijoux en cristaux (quel conquistador !). Le retour en jeep vers Hunza a travers les villages nagyrs s'effectue au son d'un bon bhangra penjabi, bien rythme et donc adapte a la route cahotique. Alala, dire que je quitte le sous continent dans moins de deux semaines. C'est peut etre la nostalgie qui me serre la gorge depuis un mois maintenant...
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PS1: Je mettrai en ligne les photos du trek quand je trouverai un cybercafe avec l'adsl.
PS2: Pendant le trek, j'ai termine The God of Small Things d'Arundhati Roy, ce se passe en Inde du Sud dans le Kerala, c'est triste et drole a la fois, et c'est un des plus beaux livres que j'ai jamais lus.
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