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C'est pas tous les jours qu'on se pose dans un cybercafe avec une vue plongeante sur la vallee de Hunza et les meilleurs abricots du monde en train de secher sur les toits, au pied des 7800 metres du Rakaposhi dont le sommet vient d'emerger des nuages (je me demande si le grand beau existe dans le Karakoram). Je vais donc en profiter pour passer quelque temps a raconter ma pakilife, considerez que toute coquille est due au magnetisme de la vertigineuse face ouest du Rakaposhi, plus attirante visuellement qu'un ecran d'ordinateur.
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Je serais bien reste plus longtemps a Lahore en compagnie de mes potes pisciculteurs a visiter les somptueux monuments moghols mais helas ma sante fragile de phtisique ne supportait la chaleur humide, d'ou mon depart anticipe vers les montagnes. En arrivant a Rawalpindi, j'esperais attraper in extremis le bus de nuit pour Gilgit, mais cela n'a pas ete possible et j'ai du me resoudre a passer la nuit a Pindi, ville jumelle d'Islamabad, qui concentre a peu pres tous les defauts du sous-continent. Apres avoir mis deux heures a trouver un distributeur de billets en etat de marche, j'ai atterri dans un hotel sans charme, et sans clim, de toute facon elle n'aurait pas servi: la coupure de courant a dure toute la nuit. J'ai debarque le lendemain dans le rutilant terminal de bus de Pir Wadhai, une immense mare de boue en cette periode de mousson dans laquelle les pakis salissent le pantalon leur blancs shalwars kameez. C'est pas le moment de se tromper de bus: Peshawar, encerclee par les talibans pakistanais n'est qu'a 3 heures de route...
Dans la salle d'attente de la compagnie Masherbrum, qui assure les liaisons vers le nord, je rencontre le premier homme habille a l'occidentale de la journee, il est en train de nourrir ses canaris. apres deux trois formules de politesse en urdu, il se met tout naturellement a me parler francais: le zig vit a Paris ou il bosse comme chauffeur pour l'ambassade paki. Il n'est pas surpris que je vienne du 16, comme quoi y a qu'en France qu'on rencontre des sociologues a la con. Apres quelques minutes de nostalgie parisienne, je prends conge de mon pote diplomate pour monter dans le bus.
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C'est parti pour 18 heures theoriques de voyage sur la Karakoram Highway (KKH). Heureusement les bus pakos sont bien plus confortables qu'en Inde, en revanche ils ne sont pas moins folkoriques: La cabine du chauffeur ressemble a la boutique d'un fleuriste, sur le haut du pare brise est ecrit ALLAH en police arial, taille 10 000 plus deux trois phrases en ourdou. Habille a l'occidentale (vu comme je suis imberbe j'ai trouve trop ridicule d'acheter un shalwar pour me "fondre" dans le population) je suis le seul kafir (mecreant) au milieu des shalwars et des burqas, et le lavage de cerveau CNN-LCI a son petit effet: Evidemment, dans les discussions de salon, tout le monde distingue Islam et Islamisme seulement une fois dans la republique islamique du Pakistan, comment reconnaitre un islamiste quand 90% de la population est vetue de la tenue traditionnelle des musulmans ? Je ne suis donc pas totalement rassure d'autant que le bus vient de penetrer dans la North West Frontier Province, ou les talibans pakos sont de plus en plus difficilement contenus par l'armee. Cela dit dans la partie orientale que je traverse, mes craintes ne sont a mon avis pas plus fondees que celles d'un touriste apprehendant de visiter la tour eiffel pendant les emeutes de nov. 2005. Le paysage est en tout cas bucolique, avec de nombreux arbres fruitiers et la ligne bleue des montagnes du cachemire a l'est. Je me fais alors offrir du pepsi par l'homme assis devant moi, qui porte le chapeau traditionnel (a la massoud) et dont la femme porte la burqa... Je me dis d'abord: quel choc des cultures que ce verre de pepsi. Puis: Quel imbecile lobotomise je suis de tenir des jugements pareils, je suis vraiment enferme dans les schemas de penses mediatiques a la con. Cet homme prefere le pepsi au coca et puis c'est tout, rien de symbolique la dedans: quand on voyaghe seul, il faut parfois s'enerver contre soi meme sinon on s'emmerde un peu faute de partenaire. Je ne vais pas persister longtemps dans ce debat schizo car apres la bouteille de pepsi, Massoud l'Afghan tire de son sac un ours en peluche pour amuser son gamin: Quand on appuie sur son ventre, il emet en guise de borborygmes l'air de boum boum boum boum, my heart is doing boum, des vengaboys. C'est excessivement hilarant, et cela explique le titre du post, qui n'est pas une allusion a une explosion mais a ce fou rire. Ce verre de pepsi marque aussi le debut d'un longue serie de preuves d'hospitalite: J'arriverai a Gilgit le ventre gonfle de deux litres de boissons gazeuses et de 2 kilos de fruits, impossible de refuser quoique ce soit. Ca y est en deux minutes je suis passe de la paranoia a l'angelisme beat: Alice in Pakiland. Je ne vais pas tarder a revenir au juste milieu: lors d'une pause dans un village, mon voisin de bus qui etait assez souriant et bavard me demande s'il peut appeler sa soeur avec mon portable, evidemment je lui passe mon tel. et je vais aux toilettes; quand je reviens, le mec a disparu et il ne remontera pas dans le bus, ce benchhold (sisterfucker en ourdou/hindi/penjabi/gujarati/bengali, ce mot est universel). Alice tu l'as dans le cul...
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Apres cet episode de realisme force, la nuit tombe et le bus penetre dans le Kohistan (pays des hors la loi), terre de bandits des montagnes qui echappe au controle d'Islamabad, je me passerais bien d'un remake paki de l'attaque de la diligence. Je dois alors descendre du bus a un check point pour renseigner le registre des voyageurs etrangers. Le trouffion de service est completement defonce, sa tete m'est familiere: il me fait penser aux cyclo-rickshaws de Lajpat Nagar. En me fixant de ses yeux rouges, il dit: Kohistan, Dangerrrrrous! avec une excitation comparable a celle des gamins dans les cours de recre attendant l'imminente "baston". En fait tout le monde sait que la baston a lieu une fois sur 10 et de meme dans le Kohistan, il ne m'arrivera rien. Le paysage est fantastique, eclaires par la pleine lune, des immenses versants couverts de forets denses plongent dans les gorges de l'Indus, plus large que la Seine; c'est vrai que ca fait pays de brigands... Comme tout le monde dort j'ose sortir mon ipod (avant j'avais peur de me prendre des coups de batons car les fondamentalistes jugent la musique haram, retrospectivement c'etait surement infonde mais ca m'a peut etre evite de me le faire chourre par l'autre enculeur de poules) et je m'ecoute un petit barely legal des strokes, de circonstances. Un vrai petit Kohikif.... Puis je m'endors.
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A mon reveil le bus est arrete: Le Nanga Parbat (8125 m) , montagne nue en ourdou, et celebre pour avoir tue quelques dizaines d'alpinistes nazis qui voulaient offrir la gloire du sommet au reich, nous surplombe de 6500 m, et s'il ne se laisse pas apercevoir a cause du mauvais temps, il nous gratifie de deux jolies coulees de boues qui vont bloquer la KKH pendant 7 heures. J'aurais du mal a qualifier le decor de beau: a perte de vue, des desertiques pentes de caillasse, comme un avant gout du paysage du sous continent dans son futur post-nucleaire. Commence alors la tournee des civilites: en m'entendant parler ourdou avec mon nouveau voisin (encore un membre du Tabligh...) toute la population (masculine) du bus se relaie pour me faire la conversation, forcement limitee avec mon niveau d'ourdou et le niveau moyen d'anglais des pakis. J'essaie d'apprendre un nouveau mot par interlocuteur, histoire de rendre profitable ses echanges repetitifs qui tournent en general autour de la famille, de l'islam, de la comparaison Inde/Pak et de lettres d'invitation pour un visa francais... Enfin au moins en arrivant a Gilgit, apres 25 heures dans l'Allahbus, mon traveler-urdu est bien rode et malgre l'episode du portable, les pakis m'ont fait une bonne impression, ils sont quand meme beaucoup plus accueillants que l'Hindou moyen.
1 commentaire:
Walala, quel bizuth tu fais, à faire confiance aux Tiers-Mondistes...
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