lundi 30 juin 2008

My birth is 22 may in august 1995

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Alors que la date de mon départ s’approche, Delhi mehre mehboob1 multiplie les surprises pour mieux me désespérer de la quitter. La semaine dernière, j’ai eu le plaisir de trouver le salon retourné : un macaque s’était introduit dans l’appart pendant notre absence, et Vikram a du le chasser en lui bottant vigoureusement son hideux cul de singe. J’ai trouvé ça plutôt marrant, surtout en comparaison avec les fléaux qui s’abattent sur pas mal de collègues expats : La malédiction du rat mort continue et de nombreux apparts sont envahis par les nuisibles : Chez Popy, ce sont les cafards qui ont pris possession des lieux et le réveillent chaque nuit en tombant du plafond, quant à Rémy, il se réveille chaque matin avec trois nouvelles tiques dans le dos. Enfin je ne parle pas de la bande de Malviya Nagar, qui doit supporter la vue de rats « gros comme des chats » dans la cuisine. Du coup, malgré la visite du vieux macaque anarchiste et la dime de muesli que je verse à mes amies les fourmis, je suis bien content de vivre sur les toits de Delhi sundarsé2.

Mais c’est jeudi dernier que Delhi mehre ghar3 m’a le plus surpris, peut être parce que cette fois je me suis surpris moi-même; voici les faits : En revenant de Vasant Kunj où j’avais raccompagné Bani en moto (the Indian dream), j’ai décidé de m’arrêter à l’Urban Pind pour la Farewell Party d’une connaissance, un peu par politesse et un peu pour refroidir le pot de ma Pulsar qui commençait à sérieusement me brûler la jambe. Je n’étais pas vraiment enchanté à l’idée de cette soirée, surtout un jeudi soir, jour des Expats Nights. Heureusement, divine surprise (mehre Nizzamuddin, tum badda ho !)4 je me fais refouler : La veille, un mec de 19 ans est mort d’un coma éthylique, du coup les boîtes sont interdites aux moins de 25 ans, même expats. Cela dit je n’était pas pressé de remonter sur ma brûlante monture, du coup pour la première fois depuis 3 mois, je n’ai pas envoyé chier le gamin va-nu-pied qui essayait de me parler, au contraire, je me dis : voilà l’occasion de tester mes rudiments d’hindi : Bien sûr je ne comprends pas un mot de son sabir, je lui demande donc de mon urdu le plus fleuri s’il veut du fric. Non, pas de fric, il répète les mots « reading » et « ishkool » (i.e : « school », sur les affiches de Bollywood, « style » s’écrit « ishtyle » et c’est pas une blague). Bon pour school, je sais pas ce qu’il veut dire mais reading j’ai compris, je lui demande s’il sait lire et comme il me répond que oui, je le mets à l’épreuve sur tout ce qui ce qui me passe sous les yeux. Je me prends alors une glace tout en écoutant distraitement ce qu’il me débite dans un anglais approximatif mais supérieur à mon hindi, je dois l’avouer : ses parents sont morts, il dort dans le parc juste à côté, son oncle est parti à Bombay, et il ne va plus à l’école depuis deux ans. Par contre je ne comprends toujours pas pourquoi il me répète régulièrement « free ishkool », je suis à deux doigt de partir : non j’ai pas de kiss kools bordel. Enfin c’est un Indien énervé de s’être fait refoulé de l’Urban qui me tire de cette impasse : il commence par me dire que Delhi est une ville « fucking conservative » puis il envoie chier le gosse comme il se doit. Je lui dis alors qu’il ne me dérangeait pas et je lui demande de me traduire ce qu’il essaie de me dire : en fait « he just wants free school from you ».

Atchchaa, is that so… j’aurais quand même pu le deviner. Et là je ne sais pas ce qui me passe par la tête mais je tends au gamin ma carte du binet Kebab, où figure mon adresse Delhite et je lui dis de passer le lundi suivant. Pourquoi, pourquoi, pourquoi (je me mets à parler comme Gandhi) ce geste ? Trois explications me viennent à l’esprit :
1. Ce n’est pas en seulement trois mois d’Inde que l’on coupe le cordon avec cette foutue morale judéo chrétienne qui nous pourrit la vie depuis la naissance : J’ai tout simplement voulu expier pour tous les cours de maths à 30 euros l’heure que j’ai donnés dans les beaux quartiers pour pouvoir me bourrer la gueule le week-end et partir au ski 25 jours par an.
2. Voilà une belle application de ma philosophie de l’intervalle : Dans la vie comme au football il faut jouer dans les intervalles et ne pas trop faire de concepts (contrairement à Raymond Domenech par exemple). Donner un cours à ce gamin, voilà un bel exemple d’intervalle pour lui comme pour moi. Et même si cette rencontre ne changera certainement rien à son destin social, au moins on se sera bien poilé, et ça s’est important, surtout pour lui vu sa chienne de vie d’orphelin dormant par 35°C et 100% d’humidité dans un parc infesté de moustiques et de flics bourrés et violents.
3. Conséquence du 2. : avec la chaleur, je deviens tout simplement fou, comme pas mal de gens en Inde.

Quoiqu’il en soit, j’ai regretté ce geste au bout de 10 secondes, en voyant une dizaine de bhayyas fondre sur le gamin comme des vautours. J’en suis même tombé malade : Je me voyais déjà braqué par un gangster utilisant le gosse pour obtenir des adresses d’expats, et puis j’avais un peu oublié mon coloc Vikram dans l’histoire, qui ne se barre pas dans deux semaines, lui. Bref cette nuit là, je n’ai pas très bien dormi, et c’est avec beaucoup de soulagement que j’ai reçu le coup de fil d’un épicier le lendemain, qui appelait de la part du gosse pour avoir ma confirmation. Comme le gars avait l’air honnête, je n’ai pas retiré ma proposition, en revanche, je lui ai donné rendez vous à l’entrée du block, et j’ai annoncé sa venue aux valeureux gardes armés (de bâtons).

Bilan de la première leçon: la théorie de l’intervalle (ou de l’effet tunnel social pour les lecteurs physiciens) se confirme : on s’est bien marré et j’ai été stupéfait par les connaissances académiques de Pyush Kumar. Comme il faisait un peu chaud, on s’est installé au Macdo pour profiter de la clim, Pyush me montre alors du doigt un noir en disant « he is coming Vestindiz. » Ne comprenant rien, je lui demande de m’écrire ce qu’il veut dire, et là double surprise : non seulement il sait écrire mais en plus il voulait dire He comes from the West Indies. Comment un gamin des rues de Delhi peut-il savoir que les antillais sont noirs ? Je ne suis pas au bout de mes surprises avec ce petit surdoué : il connait parfaitement ses tables de multiplications et calcule 3527 x 222 en 30 secondes (avec une petite faute, mais je ne lui en veux pas, j’ai vérifié à la calculette) et finalement son anglais n’est pas si mauvais, surtout quand on sait que seuls 5% des Indiens le parlent. En définitive, je me sentais un peu con avec les questions débiles que je lui avais préparées : What is your name ? Where do you live ? etc… Mais il a consciencieusement écrit toutes les réponses pour en arriver à l’énigme ultime ; à la question « When is your birthday ? » il a répondu "22 may in august 1995", et impossible de le convaincre de l’impossibilité (en physique classique du moins) de la coïncidence de ces deux mois. Vraiment Delhi, tes enfants sont extraordinaires, quand je pense que les autorités municipales ont publiquement annoncé leur intention de nettoyer la ville des enfants des rues d’ici à 2010 et aux jeux du Commonwealth, (let us make Delhi our common wealth, tel est le slogan de l’évènement…) alors qu’ils comptent dans leurs rangs des futurs génies de la mécanique quantique . Pyush Kumar, je te souhaite de bien digérer ton Mac Veggie et de devenir le Schrödinger Indien, quant à moi, je ne pensais pas qu’après 3 mois passés à aimer cette ville pour son côté apocalyptique et le détachement moral des Indiens, je tomberais dans le piège Lévinassien du visage de ce gamin.

Voici l'intégralité de la leçon d'aujourd'hui:

Les 5 continents au dos d'un ticket de caisse Macdo, sorry José.

Multiplications

Mieux que le chat de Schrödinger, le paradoxe de Pyush Kumar

1: "Delhi mon amour", je me suis activement mis à l’urdu/hindi dep uis 3 semaines, pour l’instant c’est la même chose vu que je n’ai appris aucun des deux alphabets arabe et sanscrit.
2: "Delhi la belle"
3: "Delhi ma maison"
4: "Oh mon Nizzamudin, tu es grand !"

3 commentaires:

Unknown a dit…

Par rapport a Creca ca a l'air vachement plus dur ce que tu lui as fait faire

Marcwinder Singh CFLwallah a dit…

carrément, et pour une fois mon élève ne redoublera pas vu qu'il n'est pas scolarisé.
Sinon ce matin au boulot j'ai eu la réponse à la première énigme: Il sait que les antillais sont noirs à cause de la fameuse équipe de cricket des West Indies.

Max a dit…

Mec, tu vas me faire le plaisir de redessiner cette carte du monde : t'as complètement massacré l'Amérique Centrale, bordel !

Sinon, impressionnant le gamin, tu vas continuer les leçons ?