Voilà enfin l'occasion venue de parler de mon travail dans ce blog et je ne vais pas m'en priver. Ma nouvelle mission est d'étudier le lien entre la construction d'autoroutes et la croissance du nombre de véhicules en Inde, je vais donc essayer de déceler une causalité entre les deux séries de données, qui vaudra ce qu'elle vaudra: l'autre jour, un ami économètre m'a appris que le nombre de mariages en Angleterre dans les années 70 était parfaitement corrélé avec le nombre de suicides.
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Donc ces derniers jours, je suis parti à la chasse aux données (introuvables sur Internet) dans le monde fabuleux des ministères Indiens. La vie est douce dans ce labyrinthe de bureaux qui n'ont pas changé depuis Nehru. Bercé par le ronronnement des ventilos, je me fais offrir une dizaine de thés par jour en tapant la discute avec les babus (fonctionnaires). Comme ils sont 8 par bureau, il y a toujours un ou deux préposés à la conversation avec les visiteurs. Curieusement ils ne sont pas du tout réticents à me transmettre les données, peut être parce qu'elles sont fausses: j'ai appris avec étonnement dans le rapport annuel du ministère des transports que l'autoroute Delhi-Dehra Dun était achevée à 97%. Pour l'avoir empruntée je dois dire que si ce chiffre est vrai, il faut préciser que 75% de ces 97% sont en travaux de rénovation.
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J'ai eu une seule mauvaise expérience: je devais rencontrer le directeur de je ne sais plus quel sous secrétariat mais il était absent. Un babu m'a conseillé de l'attendre dans son bureau. Au début je trouvais l'ambiance très cosy avec le baton d'encens et la carafe d'eau sur la table basse (j'étais mort de soif). Mais au bout de 2 minutes j'ai remarqué le caractère entêtant de la musique: la même phrase répétée sans fin, on se serait cru dans un ashram et j'ai bien failli devenir fou. Du coup lorsque le susdit directeur est finalement entré dans son bureau après une demi heure de supplice, j'étais complètement abruti par sa foutue puja et incapable de me faire comprendre. Enfin j'ai quand même obtenu un contact par lui dans un autre ministère donc l'aventure continue.
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Cette mission est vraiment très enrichissante culturellement: non seulement je découvre à quel point Mother India est généreuse envers ses enfants (du moins lorsqu'ils sont fonctionnaires), mais en plus elle m'offre l'occasion de me balader à moto d'un ministère à l'autre et de parfaire ma connaissance de la capitale, d'où mon enthousiasme.
3 commentaires:
et tu sais ce qu'il te dit l'économètre?
Mon souvenir de Delhi est lointain, c'est celui d'une étape vers Katmandou, et une image, celle d'êtres humains dormant en plein jour, sous une chaleur inhabituelle, au milieu des ronds points, encerclés par le trafic incessant. Contraste entre l'hindouisme et le bouddhisme, c'était d'ailleurs le sujet du documentaire que je tournais, comment une philosophie de l'extinction du désir et du retrait du monde pouvait partager son territoire avec un polythéisme aux apparentes tentations païennes. Deux aspects peut-être contradictoires, peut-être dialectiques de la transcendance : Bouddha et le laisser advenir de la vie par retrait, Shiva, celui qui explose aux milieu des phénomènes pour mieux reconstruire. J'en ai gardé un journal de voyage, datant de l'été 1990, que j'avais conclus par ces lignes fatalistes : "Dieu est au-dessous de l'Absurde."
J'adore le coup des 18 thés par bureau traversé... ça me rappelle le blog d'un autre pote, check this out, hermano : http://thibeninde.over-blog.com/article-13600597.html
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