mercredi 18 juin 2008

Bhopal mon amour

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Ce week end (de trois jours), je suis parti à Bhopal rejoindre ma copine Bani, de son nom complet Guru Bani ce qui veut dire la voix du gourou en penjabi; voilà qui est dit. Elle vit à Dehli mais effectue en ce moment un field trip de trois semaines dans un village de l'Etat du Madhya Pradesh, dont Bhopal est la capitale. C'est l'occasion pour elle de découvrir son pays, de faire 4 heures de route par jour dans un camion bondé, calée entre deux chèvres, et bien sûr d'améliorer son hindi. Madhya Pradesh signifie "Etat du centre", effectivement vous pouvez vérifier sur Google map que Bhopal est situé en plein milieu du pays, de là à dire qu'on y fait l'expérience de l'Inde profonde, il n'y a qu'un pas et quoiqu'il en soit, le Bhopal Express n'est pas le train le plus fréquenté par les touristes étrangers.
Cette situation centrale dans le pays est sans doute également ce qui a incité la firme Union Carbide à y installer une usine d'engrais à la fin des années 70, pour mieux irriguer le fabuleux marché des 600 000 villages Indiens. Hélas comme d'habitude avec les Américains, l'Inde n'a pas tenu ses promesses et l'usine s'est avérée être un gouffre financier, entraînant la firme a rogner allègrement sur les dépenses de sécurité et surtout à devoir gérer de gros stocks de produits chimiques extrêmement toxiques. La nuit du 2 au 3 décembre 1984, suite à une erreur humaine (un sabotage selon les avocats de l'Union Carbide), un nuage de gaz mortel provenant d'une des cuves a recouvert et rendu célèbre la ville de Bhopal, tuant 20 000 personnes et en handicapant gravement 200 000 autres. La bataille judiciaire en faveur des victimes continue aujourd'hui, en ce qui concerne les séquelles apparentes des handicaps infligés par la catastrophe, je ne me suis rendu compte de rien.
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Aux antipodes de Delhi (pas besoin de catastrophe industrielle pour y croiser des unijambistes, des lépreux et des manchots à chaque feu rouge) Bhopal m'est apparue comme une petite ville tranquille et boisée qui étale raisonnablement ses avenues à la circulation fluide autour de deux grands lacs tandis que la capitale projette ses tentacules dans 3 Etats différents. Et puis à Bhopal, les femmes en sari conduisent les deux roues et ce spectacle vaut le voyage à lui seul. En parlant de ça j'ai été extrêmement surpris en apprenant que Bani ne savait pas faire du vélo, du coup j'ai profité de notre ballade au zoo pour louer deux splendides bicyclettes zébrées afin de lui faire découvrir ce plaisir fondamental de la vie. Au bout de deux heures j'ai abandonné: elle n'était pas loin de réussir pourtant mais les curieux hilares étaient en train de créer un embouteillage monstre, pour un peu, même le léopard derrière les barbelés se serait marré. On a donc filé 10 roupies à un baya et son gosse pour qu'ils ramènent les vélos chez le loueur: ce pays a des côtés déresponsabilisants.
On s'est alors rabattu sur une virée nocturne sur le lac dans un pédalo à la proue en forme de cygne (hyper romantique) au risque de se faire harponner par le Lake Princess, un gros bateau disco qui permet de faire 30 minutes de ronds dans l'eau en dansant sur le pont sur du bon son bollywoodien. Le lendemain, on a visité un dargath (tombeau d'un saint soufi) sur une jolie petite île, en effet la cité de Bhopal était avant tout connue pour ses reines musulmannes (appelées bégums) avant la catastrophe (et avant que les fanatiques hindous du BJP ne capturent une des princesses héritières pour l'expulser au Pakistan. Ces charmants individus ont également une fâcheuse tendance à encourager leurs sbires des bidonvilles à brûler vivants leurs compatriotes musulmans, et ils sont par ailleurs pressentis pour succéder au parti du Congrès aux prochaines élections nationales...)

J'ai aussi fait la connaissance des grands parents maternels de Bani (ça devient sérieux cette histoire), qui vivent là bas. Ils ont pas mal de choses intéressantes à raconter: déjà c'est un couple hindu-sikh, chose rare pour leur génération, mais bon c'est peut être grâce à de tels atavismes que Bani sort avec un français... La grand mère a quitté le Penjab Pakistanais au moment de la partition et elle a suivi son sikh de mari à Bhopal dont il est devenu par la suite chef de la police (mes respects). Il a d'ailleurs gardé un petit côté flic, malgré sa retraite, notamment lorqu'il m'a dit "you're tall for a French man" en me scannant de la tête aux pieds. J'avais l'impression d'être passé au crible d'un fichier de criminels d'Interpol. Le bon côté de la chose c'est que j'ai été logé dans la guest house des officiers de police du Madhya Pradesh. Le personnel était adorable, la suite royale et les petits déj à base de cuisine de l'Inde du sud délicieux. On a un peu fait nos teenagers en introduisant clandestinement du vin rouge (Indien et pas mauvais du tout) malgré la prohibition régnant dans l'enceinte de la guest house.

Pour résumer, ce week end c'était la dolce vita ou la vie de nabab plus exactement sur les terres des bégums de Bhopal, oasis de verdure et d'air pur à côté de Delhi l'enfumée, de laquelle j'ai eu plaisir à m'échapper après 6 semaines passées à y établir ma situation...

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